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LA VIE ET L'OEUVRE DU CURE FRANCOIS ANTOINE SAUREL (1716 – 1793)

 

François Antoine SAUREL (ou SOREL), fut curé à Obersaasheim, de 1744 à 1793.

Il est né à Neuf-Brisach le 24/09/1716, de Joseph et de Dorothée Lorette  TRIBOUT. Son père était maire et entrepreneur des travaux des fortifications à Neuf-Brisach, sa mère était la fille de  Toussaint TRIBOUT, ancien procureur au Conseil souverain d'Alsace. Il est ordonné prêtre le 12/03/1740 . Il est décède le 27/09/1793 à Obersaasheim .

 

François Antoine SAUREL était le neveu de l'abbé de Pairis François TRIBOUT et de Philippe TRIBOUT, lui-même ancien curé de la Commune. Il fut d'abord vicaire d'Orbey en 1740, puis vicaire à Biesheim en 1743. Il sera curé  d'Obersaasheim du 09/07/1744  jusqu'au 12/10/1792. Il pris  possession de la cure le 21/06/1744. Le curé SAUREL fut élu secrétaire du Chapitre Rural " Citra Rhenum " le 26/03/1754, puis nommé archiprêtre ou doyen le 14/11/1759. Il sera le dernier doyen du Chapitre et réussit à conserver les  actes capitulaires à Obersaasheim où ils échappèrent au vandalisme de la Révolution. Grâce à ces documents il a été possible d'obtenir de nombreux  renseignements sur le Chapitre et les paroisses qui en dépendaient.

 

Le curé SAUREL restera un personnage hors du commun dans l'histoire de la paroisse d'Obersaasheim.

Issu d'une famille de gens de robe et d'ecclésiastiques, il fut certainement aidé, grâce aux appuis que procuraient alors  les relations existantes dans un monde de priviliges, ce qui lui fut vraisemblable-  ment favorable lorsqu'il fut élu Doyen du Chapitre Rural. La Paroisse d'Ober saasheim avec ses annexes était considérée comme l'une des plus importantes du Doyenné. Ses revenus étaient importants et procuraient une aisance que convoitaient bien des ecclésiastiques. Aussi ne pouvait-on sans doute y être nommé que grâce à de puissants alliés qui pourraient intercéder tant auprès de l'évêque de Bâle, que auprès de la famille d'Andlau, alors collateurs de la Paroisse.

En 1768, notre brave curé fut calomnié par quelques confrères qui remettaient en cause son intégrité et son honneur. Il s'agissait des prêtres de Dessenheim, Joseph RAUENSTEIN et Martin SAUTIER et de celui de Rumersheim, Gervais MUNSCH.

SAUREL, piqué à vif et sans doute profondément blessé, déposa une plainte devant le Conseil Souverain. Devant la tournure que prirent les événements, ses accusateurs crurent bon de se rétracter et firent amende honorable en présence des jurés du Chapitre Rural, retirant leurs propos diffamatoires et  reconnaissant  la probité et l'honneur qu'habitaient leur éminent confrère. Ayant fait leurs excuses, SAUREL accorda son pardon. Il consentit à retirer sa plainte.

Le 12 juillet 1790, la Révolution mit en place la Constitution Civile du Clergé, obligeant les prêtres à prêter serment ou à renoncer à leur charge. SAUREL fut parmi les premiers à prêter serment et surtout fut le seul Doyen en Haute-Alsace à le faire...

Le 11 février 1791, l'Assemblée Nationale annonça l'élection du Curé Constitutionnel du Haut-Rhin. SAUREL présenta sa candidature, sans doute en quête d'un avenir prestigieux, ne voulut-il pas devenir évèque ? Lors de l'élection du 6 mars 1791, GOBEL, ancien suffrageant de l'évêque de Bâle fut élu à la majorité absolue et SAUREL n'obtint qu'une seule voix! Sans doute sa propre voix ...

GOBEL préféra l'évêché de Paris à celui de Colmar, ce qui provoqua une nouvelle élection où SAUREL ressentit une fois encore le malheur de n'obtenir qu'une voix, alors qu'ARBOGAST était élu. L'humiliation était trop forte, ses ambitions l'avaient poussé à prêter serment, on lui avait sans doute laissé croire qu'il pourrait devenir évêque, mais on l'avait trompé ! Aussi le 18/06/1791, il rétracta publiquement son serment : " Ich erwartete von der Revolution viele Vortheile und für das gemeine Beste, desswegen habe ich der Nation den Eid geschworen, aber ich bin betrogen worden. Ich sehe dass man wieder die Religion und wieder euch  handelt. Es reut mich daher dass ich geschworen habe."  Ainsi exprima-t-il ses regrets et continua à occuper son poste, bien qu'étant réfractaire il ne sera point inquiété.

 

Le curé SAUREL fut aidé par plusieurs  vicaires, successivement, François-Xavier ( Jacques ) WEGBECHER, de Blodelsheim; François-Antoine PERROT, de Neuf-Brisach;  François BONY,  de Huningue; François-Antoine HARTZER, de Steibrunn le Haut.

 

Il mourut tranquillement dans son village pour lequel il s'était tant battu au long de sa vie. La vie l'a quitté dans la maison curiale qu'il avait faite bâtir en 1748. Le bâtiment est de nos jours, plus connu sous le nom de « ferme Weibel », qui vient d'être restaurée avec un grand soucis du respect de sa structure.

 

Le Curé François-Antoine Saurel nous a laissé une correspondance importante. Ces lettres concernent essentiellement l'église et le presbytère, mais nous renseignent avec précision sur les usages, les modes de vie et les tracasseries de l'époque.

 

Le document le plus ancien est un devis, daté de 1747 et établissant les conditions de construction de la

" nouvelle maison curiale de Sassenheim ". Du temps de son prédécesseur, le Curé Chabrun, une mai-

son curiale existait déjà, construite, vers 1724. Le bâtiment fut démoli et l'entrepreneur chargé des travaux, " le sieur Wegbecher ", promit que les travaux seraient terminés pour " la Saint -Michel de l'année 1748 ". En attendant le Curé prit pension dans la maison de Christian Weiss, bourgeois et maréchal-ferrand du lieu.

 

La plus belle réussite de SAUREL, fut sans conteste, la construction de la nouvelle église qui sera consacrée par GOBEL, suffrageant de l'évêque de Bâle le 16 octobre 1777,  après 7 années de travaux . Il donna toute l'énergie qu'il lui a été possible de fournir, afin d'en obtenir la construction, et lutta continuellement pour trouver l'argent qu'il lui fallait pour l'entretenir. Le Curé Saurel est et reste un modèle du genre. Grâce à sa force de caractère, à son tempérament robuste, à sa pugnacité et à son ardeur à vouloir toujours ce qu'il y a de mieux pour la communauté villageoise de Sassen le Haut, il contribuera largement à asseoir la réputation du village et de ses habitants, comme étants des gens volontaires et solidaires.

 

Une dalle funéraire de François Antoine SAUREL, demeure au cimitière du village. Le Père Morand GUTH, en fait une description : " Les armes du Chapitre ne sont pas ou ne sont plus visibles sur la tombe, comme certains l'avaient affirmé à tort. La sauterelle qui figure au-dessous de l'inscription est sans doute une arme parlante, une sorte de rébus sur le nom de Saurel ( SAU te REL le ). Inutile d'ajouter que la dalle est fortement endommagée. On constate encore aujourd'hui que l'âge du défunt et la date de son décès ont été ajoutés par une main malhabile et indigne d'un sculpteur. " Notons que le Curé SAUREL n'est pas mort à l'âge de 80 ans, mais à 77 ans.

 

L'année qui suivit le décès du Curé est une année difficile, en ces temps révolutionnaires. De 1793 à 1794, des prêrtres réfractaires célébraient la messe en cachette dans une annexe de l'ancienne ferme Weibel, le presbytère de SAUREL. De cette période, il ne reste que des clichés d'une fresque magnifique dessinée à l'époque au fond de la grange où était célébré l'office.

 

Demeure une légende rattachée à ce personnage historique, local : il aurait caché son sceau et celui du Chapitre Rural, quelque part, dans son présbytère ou ailleurs ...